Le point sur les agricultures

Agriculture conventionnelle, biologique, paysanne... comment s’y retrouver ? Le réseau AMAP Ile-de-France organise avec Terres de liens des formations pour nous éclairer. Voici un résumé de l’une d’elles.

Un des objectifs de l’AMAP est de nous rapprocher du monde agricole pour mieux comprendre ses problèmes spécifiques et mieux comprendre ce qui amène tant de produits alimentaires nocifs dans nos magasins et nos assiettes.

L'agriculture conventionnelle

L’agriculture conventionnelle est un modèle, actuellement dominant, qui fait «convention ». Il est né dans les plaines du Moyen-Orient il y a 4000 ans et s’est adapté dans les vastes plaines d’Europe et d’Amérique du nord, au climat tempéré assez régulier. Il se caractérise par une culture pure (sans association) de variétés standardisées dans un grand espace qui se prête assez bien à la culture intensive des céréales et à la mécanisation. C’est après la Seconde Guerre Mondiale qu’une super-structure agro-industrio-alimentaire, voulue par les industriels et les gouvernements pour nourrir l’Europe dévastée, s’est mis en place en Europe : les variétés sont sélectionnées en laboratoire sur le critère de leur rendement (et non des autres facteurs: qualité, adaptation au climat, besoin en eau, résistance aux maladies …), inscrites dans un catalogue officiel garantissant les qualités vantées … et les profits des semenciers industriels. Ces variétés ne sont rentables que plantées dans des sols qui ressemblent à ceux des laboratoires: il faut donc adapter le sol aux plantes avec des engrais spécifiques, l’arroser abondamment et comme la plante est fragile, il faut la protéger avec des pesticides contre les insectes, micro-champignons et bactéries qui sont naturellement dans les champs et les bois.
Et les humains dans tout ça ? les paysans sont devenus des « exploitants agricoles » des sous-traitants de l’industrie agro-alimentaire, premières victimes, parfois consentantes de ce système: dépendants d’un système bancaire qui les poussent à s’endetter et des subventions européennes, soumis aux aléas des spéculations mondiales sur les produits agricoles, enfermés dans un mode de production qu’on leur présente comme »sans alternative », victimes des pesticides. Les consommateurs et citoyens ont des choix alimentaires limités par les grandes multinationales agro-alimentaires et la grande distribution, ils subissent la pollution de l’air et des eaux, payent les « réparations » (dénitrification des eaux souterraines, soins des malades…).

Ce modèle agricole est dans l’impasse, il est désormais obsolète et dangereux pour les équilibres humains et écologique. Le contexte a changé avec le réchauffement climatique, les modifications sociales, économiques et scientifiques de ces dernières décennies. Il est temps de changer d’agriculture ! Mais un autre type d’agriculture est-il capable de nous nourrir, de nourrir toute l’humanité ? L’agriculture biologique est-elle performante ?

Quels sont les avantages et les inconvénients de l’agriculture biologique ? D’abord comment se définit-elle ?

L'agriculture biologique

L’agriculture biologique a des pères fondateurs qui posent les bases d’un mouvement : Steiner (1924), Pfeiffer (1938), Howard, Hans et Maria Müller, Fufuoka, Mollison et Homgren…Vers 1972 des paysans et des usagers se regroupent et rédigent le premier cahier des charges qui permettra la création en France de la Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique (FNAB), des marques et des labels plus ou moins exigeants apparaissent. En 2007, une charte et un logo européen sont créés, moins précis, par exemple, que le label Demeter de l’agriculture biodynamique, le plus exigeant.
La démarche systémique de l’agriculture biologique est moderne, savante et diversifiée, elle assure aux paysans un revenu satisfaisant et sécurisé. Il s’agit de constituer un « organisme agricole » reliant l’écosystème (sol, arbres, murets, mares, haies …) à l’agrosystème mis en place par le paysan (plantes et animaux) et à la société humaine alentour.
Quelques principes de base : le sol est un milieu vivant dont il faut prendre soin, il vaut mieux travailler avec lui que contre lui (compost, labour de surface, vie bactérienne…);  le renouvellement de la fertilité du sol par l’apport d’azote, de phosphore et de potassium par les plantes; c’est la photosynthèse qui permet aux plantes de grandir, il faut l’optimiser en ne laissant aucune surface de sol nu entre les rangs plantés; les cultures associées sont la clé du rendement ainsi que la complémentarité culture-élevage; la protection sanitaire mutuelle des cultures et le respect des animaux auxiliaires, la valorisation des arbres; une gestion responsable des ressources non renouvelables: un sol vivant abrite une mycorhize, véritable réseau qui pompe l’eau profonde et absorbe les minéraux de la roche-mère et les font remonter; l’utilisation de semences paysannes et des variétés adaptées au milieu et évolutives.
De plus, elle valorise la main-d’œuvre et reconnait les savoirs paysans, permet de renouer les liens avec la société et rend aux paysans la maitrise de l’économie agricole.

Mais est-elle performante pour nourrir l’humanité ?
OUI : les limites de l’agriculture conventionnelle sont passées sous silence: elle est en échec dans ses applications dans les milieux instables, non tempérés, aux sols fragiles, donc dans les trois quarts de la planète; elle est responsable de 11 à 15% du total des émissions des gaz à effet de serre produits dans le monde (de 44 % à 57% pour le système alimentaire industriel); elle est responsable de la destruction des sols et de la perte d’autonomie du monde paysan menant aux tragédies que l’on connait (suicide des paysans en Inde, en Europe…)
« Seule l’agriculture conventionnelle peut nourrir la planète » est un mythe dangereux basé sur des erreurs agronomiques, des idées reçues, une inertie économique favorable aux multinationales … et les intérêts financiers de certains (que dire quand le président de la FNSEA, principal syndicat agricole, Xavier Beulin, est aussi président du conseil d’administration du groupe agro-industriel international AVRIL !!!)
Des agronomes et des études démontrent que l’agriculture biologique peut nourrir sans difficulté 9 à 12 milliards d’humains sans qu’il soit nécessaire de défricher un seul hectare supplémentaire. Nulle fatalité, nulle impasse: une autre agriculture est possible.

Et l’agriculture raisonnée dans tout ça ? C’est une supercherie ! Le principe est de moins polluer pour polluer plus longtemps. Le système engrais/semence - fragile/pesticide n’est pas remis en question.

Suffit-il de produire et de manger bio pour être quitte avec la qualité de vie des paysans, avec les filières agricoles et commerciales verticales qui pressurent le travail des agriculteurs à une époque où il y a tant de chômeurs ? Suffit-il de supprimer la chimie dans les champs pour avoir une agriculture durable ?

L’agriculture paysanne

L’agriculture paysanne s’occupe à la fois des humains, de la nature et du territoire, elle est une alternative pour une alimentation de qualité pour tous, elle contribue à refroidir la planète. Elle prend en compte des paysans et les territoires, le foncier agricole et sa transmission, la formation des nouvelles générations. Ses priorités c’est l’autonomie des fermes en limitant les achats de semences, d’aliments pour les animaux et d’énergies fossiles pour maîtriser l’endettement et la dépendance aux aides. Les enjeux sont de produire en variant les productions sur une surface raisonnable, en valorisant les produits sur place plutôt que de les vendre à bas prix à des transformateurs industriels, en étant transparent avec les consommateurs, en devenant un acteur de la vie locale et en s’investissant dans la vie citoyenne.

Travailler avec la nature qui est le principal capital des paysans et non contre elle, s’attacher à maintenir la fertilité des sols sur le long terme, à privilégier la biodiversité domestique et la mixité des productions, à préserver toutes les ressources naturelles. La terre et sa transmissibilité est au coeur d’un modèle durable, les fermes doivent être transmises aux nouvelles générations, il faut donc limiter les agrandissements et les investissements qui sont trop lourds au moment de la reprise, sécuriser le foncier agricole, intégrer le temps de travail dans les calculs des coûts de production afin d’assurer la viabilité des fermes et ne pas décourager les installations, rendre la ferme agréable à vivre et s’inscrire dans un réseau de sociabilité et de solidarité.

Nous avons un rôle à jouer: les consommateurs comme nous, par leur choix quotidiens, peuvent orienter l’agriculture vers l’agroécologie en favorisant les circuits courts (sans intermédiaire), les produits locaux et de saison, les filières éthiques … nous avons commencé avec le système des AMAP, il faut aider à généraliser ce modèle pour offrir à de nombreux jeunes ou moins jeunes la possibilité de s’installer en bio avec la garantie que leurs produits arrivent dans des assiettes locales à un prix raisonnable. Alors faites connaitre autour de vous le système des AMAP, des vraies AMAP qui respectent l’esprit de la Charte des AMAP.

Sources

Formation du Réseau AMAP Ile-de-France et Terres de lien, animée par Jacques Caplat, agronome.
« Changeons d’agriculture-réussir la transition » de Jacques Caplat édition Actes Sud Domaine du possible.
Confédération paysanne
Changeons d’agriculture